Trois entrées au Panthéon

Assemblée Nationale en plénière | 8 octobre 2026

Trois entrées au Panthéon

Monsieur le Président, madame la ministre, mes chers collègues, au fronton du Panthéon, une femme, une phrase, pardon, résume ce que la nation doit à celles et ceux qui l’ont servi, aux grands hommes, la patrie reconnaissante.

Y entrer constitue l’un des plus grands et hauts honneurs que la République puisse rendre.

C’est précisément parce que cet honneur est exceptionnel qu’il doit être accordé avec discernement et dans un esprit de concorde.

Je veux le dire d’emblée, les trois personnalités dans cette proposition de résolution ont toutes leur place dans notre mémoire nationale.

Olympe de Gouges, qui rédigea en 1791 la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et paya de sa vie sa liberté de parole, l’abbé de l’épée qui fonda la première école gratuite pour les sourds, Zéna Mderé, figure d’échatouilleuse mahoraise qui porta avec courage la volonté de Mayotte de demeurer dans la République.

La nation leur doit reconnaissance, mais ce n’est pas le seul sujet de notre débat.

La question n’est pas de savoir si ces trois figures sont dignes du Panthéon, mais comment la nation choisit d’honorer ces grandes figures et quel sens elle entend donner à cette reconnaissance.

Sur ce point, votre proposition de résolution soulève trois réserves pour notre groupe.

D’abord, la nécessité de préserver un usage républicain qui tire son sens du caractère exceptionnel de ces décisions.

Aucun texte n’encadre l’entrée au Panthéon.

Sous la Vème République, une pratique constante en a fait une décision du seul président de la République, garant de l’unité nationale.

C’est lui qui a choisi d’y faire entrer Germaine Tion, Simone Veil, Joséphine Bakker, Misak Manoukian ou Marc Bloch, aux termes de choix mûrement réfléchis, parfois précédés d’une consultation des Français, comme en 2013.

Si notre Assemblée est parfaitement légitime à exprimer un souhait, nous estimons que ce type d’initiative présente néanmoins un risque, celui de substituer à la mémoire commune une concurrence des mémoires.

Ensuite, le sens même de cette initiative.
Pourquoi réunir ces trois personnalités dans une même proposition de résolution ?
Leur parcours, leur époque et leur combat sont profondément différents.
Cette diversité n’empêche évidemment pas leur reconnaissance.
Mais quel récit entendez-vous construire en associant ces trois figures ?
Quel sens donnez-vous à leur réunion ?

Et comment ne pas s’interroger sur la portée politique de cette initiative à quelques mois de l’échéance présidentielle ?

Ces interrogations sont d’autant plus légitimes qu’une proposition de résolution ne peut être amendée.
Vous nous demandez donc de nous prononcer en bloc sur trois personnalités sans pouvoir apprécier chaque candidature pour elle-même.

Ce n’est pas ainsi, selon nous, que doit se construire un hommage destiné à rassembler la nation.

Enfin, chers collègues du Rassemblement national, permettez-moi de vous renvoyer à vos propres contradictions.
Vous ouvrez votre exposé des motifs en citant le général de Gaulle.
Faut-il rappeler avec quelle constance la famille politique dont vous êtes issus l’a combattue ?

Vous invoquez Olympe de Gouges.
Elle a défendu l’égalité entre les femmes et les hommes, le droit au divorce, la protection des mères et des enfants nés hors mariage.
Elle croyait à l’universalité des droits.
Votre projet repose sur la priorité nationale, c’est-à-dire sur l’idée que les droits dépendraient de l’origine.
Et lorsqu’il s’est agi d’inscrire la liberté de recourir à l’IVG dans la Constitution, une partie de vos députés a refusé de la voter.
On ne peut pas se réclamer d’Olympe de Gouges le jeudi et tourner le dos à son héritage le reste de la semaine.

Vous invoquez l’abbé de l’épée.
Mais honorer celui qui voulait que chaque enfant sourd ait accès à l’instruction, c’est d’abord se battre pour l’école inclusive, pour les accompagnants des élèves en situation de handicap, pour la ligne des signes, la langue des signes.
Cela se joue dans nos politiques publiques comme dans les moyens que nous leur consacrons.

Vous invoquez enfin Zénam Deré.
Les chatouilleuses se sont battues pour que Mayotte reste française.
Ce combat appartient pleinement à notre histoire nationale, mais il ne saurait être réduit au débat contemporain sur l’immigration et encore moins servir un discours de repli.

C’est pourquoi notre groupe Les Démocrates s’abstiendra.

Notre abstention ne saurait être interprétée comme une remise en cause de la place de ces trois personnalités dans notre histoire, ni de la reconnaissance que la nation peut légitimement leur témoigner.

Mais nous ne pouvons davantage approuver une démarche dont nous contestons la méthode, le sens et les conditions dans lesquelles elle nous invite à nous prononcer.

Je vous remercie.

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Carole Guillerm Mouvement Démocrate

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