Mise en cause de Schengen

Assemblée Nationale en plénière | 8 octobre 2026

Mise en cause de Schengen

Monsieur le Président, madame la ministre, mes chers collègues, cette proposition de résolution nous invite à refonder l’espace Schengen en instaurant une double frontière européenne et nationale.

Derrière cette formule rhétorique, se cache tout simplement l’abandon du principe de Schengen.

Car considérer que, parce que l’Europe est confrontée à des défis, la solution serait de refaire à l’intérieur ce que nous avons précisément décidé de faire ensemble à l’extérieur revient à détricoter méthodiquement des décennies de construction européenne.

C’est naturellement une conception que nous ne partageons pas, non par naïveté sur les questions migratoires, non par indifférence aux exigences de sécurité, et certainement pas parce que nous considérions que le fonctionnement actuel de Schengen serait intouchable ou sacré, mais parce que nous pensons que la réponse aux défis migratoires passe par une Europe plus capable d’agir et non par le retour progressif des frontières entre ces Etats.

Schengen repose sur une idée simple.
Lorsqu’un ensemble de pays décide de permettre la libre circulation au son sein, il doit être capable de maîtriser efficacement sa frontière extérieure.

C’est là que doit porter notre exigence.
Nous devons mieux contrôler les entrées dans l’espace européen.
Nous devons savoir qui entre et qui en sort.
Nous devons renforcer l’efficacité des retours lorsque des personnes n’ont pas vocation à rester sur notre territoire.
Nous devons améliorer le partage d’informations et la coopération entre nos services.

Et nous devons pouvoir rétablir des contrôles intérieurs lorsqu’une menace grave le justifie.
Le droit européen le permet déjà.
Et la réforme du code frontière Schengen, adopté en 2024, a encore adapté ses possibilités.

Mais l’exception ne doit pas devenir un projet politique.
Nous ne pensons pas que la France retrouverait ainsi davantage de souveraineté.
Car la souveraineté ne se mesure pas au nombre de frontières que l’on rétablit.
Elle se mesure à notre capacité réelle à maîtriser les phénomènes auxquels nous sommes confrontés.

Chers collègues du Rassemblement national, permettez-moi une remarque.
On a compris que convenir entre Européens de décisions souveraines vous fait horreur.
Mais quand Jordan Bardella, votre président, signe avec Nicole Farage un accord prévoyant le retour de migrants en France, là, aucun problème.
Curieuse conception de la souveraineté nationale.

Les réalités, à la vérité, que nous devons maîtriser aujourd’hui sont européennes.
Les réseaux de passeurs sont transnationaux.
Les trafics sont transnationaux.
Les organisations criminelles le sont également.
Les menaces terroristes, les ingérences et les stratégies de déstabilisation ne s’arrêtent évidemment pas à nos frontières nationales.

Face à cela, vouloir agir ensemble n’est pas renoncer à notre souveraineté.
C’est lui donner les moyens de s’exercer.
Et c’est précisément là que nous divergeons du rassemblement national.

Vous voyez trop souvent dans l’Europe une contrainte dont il faudrait reprendre les compétences.
Nous y voyons un instrument que nous devons rendre plus puissant lorsque l’échelle nationale ne suffit plus.

Nous ne voulons donc pas moins de Schengen.
Nous voulons un Schengen qui fonctionne mieux.

Un espace dans lequel la frontière extérieure soit effectivement contrôlée, dans lequel chaque Etat respecte ses responsabilités envers les autres, dans lequel nos services coopèrent, dans lequel les règles migratoires communes soient appliquées et dans lequel les Etats conservent la faculté d’agir lorsque leur sécurité l’exige.

Car il existe, au fond, 2 manières de répondre aux insuffisances européennes.
La 1re consiste à conclure que ce que nous faisons imparfaitement ensemble, nous devrions recommencer à le faire séparément.
La 2nde consiste à nous donner enfin les moyens de réussir ensemble.
Et c’est évidemment, avec le groupe démocrate, cette 2nde voie que nous choisissons et préconisons.

Parce que nous croyons à une Europe qui protège, à une Europe qui maîtrise ses frontières, à une Europe qui assume sa puissance.
Et parce que nous pensons que la souveraineté de la France se renforce lorsqu’elle dispose, avec ses partenaires, ses moyens d’agir à l’échelle des défis auxquels elle est confrontée.
Et c’est pour l’ensemble de ces raisons que le groupe démocrate votera contre cette proposition de résolution.

Je vous remercie.

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Carole Guillerm Mouvement Démocrate

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