Le multilatéralisme sommé de prouver son utilité

Actualités | 22 septembre 2026

Le multilatéralisme sommé de prouver son utilité

A New York, la 8ème Assemblée Générale des Nations Unies s’ouvre dans un moment de vérité pour l’ordre international.

Le monde de 2026 n’est plus celui de 1945. Les rapports de puissance ont changé, de nouvelles puissances se sont affirmées et les crises se jouent désormais à l’échelle mondiale. L’ONU doit en tirer les conséquences. Elle doit être réformée, rendue plus efficace et plus représentative.
Mais réformer l’ONU ne signifie pas renoncer au multilatéralisme. C’est au contraire la condition pour lui redonner sa force et sa légitimité.
Car derrière les critiques, parfois légitimes, adressées au multilatéralisme, se joue un choix beaucoup plus profond : celui de savoir si le droit international doit encore organiser les rapports entre les puissances, ou si chacun entend désormais fixer seul les règles qui lui conviennent.

Je crois à la première voie.

À une condition : que le multilatéralisme cesse d’être seulement un principe et redevienne une capacité d’action. En Ukraine, au Moyen-Orient, sur la liberté de navigation, l’énergie ou le climat, il doit permettre de négocier, de protéger et d’obtenir des résultats.

Le paradoxe Trump

Le discours prononcé cette semaine par Donald Trump devant l’Assemblée générale a, à cet égard, rendu le débat particulièrement clair. Le président américain a revendiqué une conception très affirmée de la puissance américaine, dénoncé ce qu’il considère comme les excès des organisations internationales et appelé notamment les États à quitter la Cour pénale internationale. Dans le même temps, il a affirmé que l’ONU disposait d’un potentiel important, à condition selon lui de réduire sa bureaucratie et ses dépenses.
Ce paradoxe mérite d’être regardé en face. La question n’est plus seulement de savoir si les institutions multilatérales fonctionnent bien. Elle est de savoir ce que nous voulons leur faire faire dans un monde où les grandes puissances entendent de plus en plus directement défendre leurs intérêts.

Le rôle particulier de la France

C’est là que la France, forte de son siège permanent au Conseil de sécurité et de son troisième réseau diplomatique mondial, a un rôle particulier à jouer.
Elle doit défendre un multilatéralisme exigeant, qui ne soit ni naïf ni impuissant. Un multilatéralisme qui accepte le rapport de force sans renoncer au droit, qui dialogue avec les grandes puissances sans s’aligner sur elles, et qui construit des coalitions au-delà du seul monde occidental.

Associer le Sud global

Cela suppose d’abord de mieux associer les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Ils forment la majorité des membres des Nations unies et portent leurs propres priorités : financement du développement, sécurité alimentaire, climat, accès à l’énergie ou réforme de la gouvernance mondiale.
On ne peut demander durablement au Sud de respecter des règles à l’élaboration desquelles il estime peser trop peu.
La France doit donc faire du dialogue avec ces pays non pas un exercice diplomatique supplémentaire, mais un levier politique. Le travail engagé cette semaine par Emmanuel Macron, Jean-Noël Barrot et la délégation française va dans ce sens : le dialogue avec les États-Unis est indispensable, mais le rapprochement avec l’Inde, le travail avec le Mexique et les échanges avec les partenaires du Golfe le sont tout autant.

Le rôle de l’Europe

Plus largement, le monde ne se réorganisera pas autour de l’Europe seule. Mais l’Europe peut contribuer à éviter qu’il ne se réorganise uniquement autour de la loi du plus fort.
C’est tout l’enjeu d’une Europe capable de défendre ses intérêts, de prendre des initiatives et de construire des coalitions. Une Europe qui ne choisit ni l’alignement systématique ni le retrait, mais qui soit capable de peser.

Réformer le Conseil de sécurité

Cela suppose aussi de regarder en face la question de la réforme du Conseil de sécurité, que la France préside justement ce mois-ci.
Sa composition, héritée de 1945, ne correspond plus aux équilibres du monde. L’Afrique, notamment, ne peut rester durablement sous-représentée dans l’organe chargé au premier chef du maintien de la paix et de la sécurité internationales.
Mais la réforme institutionnelle ne suffira pas. Il faut aussi restaurer la capacité de décision et d’exécution de l’Organisation.

Une vocation inchangée

La vocation première de l’ONU reste inchangée : empêcher que les rivalités entre puissances ne dégénèrent en guerre, protéger les populations et permettre des règlements politiques durables.
Ses limites actuelles ne rendent pas ce mandat moins nécessaire. Elles montrent au contraire l’urgence de lui redonner les moyens de l’exercer.
C’est à cette aune que le multilatéralisme doit désormais être jugé : non à la seule qualité de ses déclarations, mais à sa capacité à produire des résultats.

L’alternative introuvable

Car l’alternative n’est pas entre une ONU imparfaite et un monde débarrassé des institutions.
Un monde sans règles communes ne serait pas un monde plus libre. Ce serait un monde où les plus puissants disposeraient de davantage de liberté pour imposer leur volonté.
La France n’a pas vocation à nier les rapports de force. Elle doit au contraire les regarder en face. Mais elle doit aussi faire le choix de les encadrer par le droit, de les rendre compatibles avec la coopération et de construire, chaque fois que cela est possible, des équilibres qui empêchent qu’ils ne dégénèrent en conflits.

Une politique claire

C’est la raison pour laquelle notre politique doit être claire : réformer l’ONU, renforcer l’Europe, élargir les coalitions et défendre le droit international.
Le multilatéralisme ne sera durablement légitime que s’il est à la fois plus représentatif, plus efficace et plus utile à l’ensemble de ses membres. Il doit permettre de prévenir les conflits plutôt que de les constater, de faire respecter le droit plutôt que de simplement le proclamer, et de donner à chaque État une capacité réelle à participer aux décisions qui structurent le monde.

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Carole Guillerm Mouvement Démocrate

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