
23 juin 2026 : Monsieur le Ministre,
Le sommet de la Communauté politique européenne à Erevan, comme les discussions récentes du G7, ont confirmé une évolution profonde : face au retour de la guerre sur notre continent, la question n’est plus seulement celle du soutien à l’Ukraine, mais celle de la sécurité de l’Europe dans son ensemble.
La participation à Erevan de pays membres et non membres de l’Union, du Royaume-Uni à la Moldavie en passant par les Balkans occidentaux ou le Caucase, témoigne d’une prise de conscience commune : la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a ouvert une nouvelle séquence historique qui oblige les Européens à repenser collectivement leur sécurité, leur résilience et leur capacité d’action.
Dans le même temps, les échanges du G7 ont rappelé que, si le soutien à l’Ukraine demeure un point de convergence, les Européens devront assumer une responsabilité croissante dans leur propre défense et dans la stabilité du continent.
Dès lors, il me semble que la question centrale n’est plus seulement celle de la gestion du conflit, mais celle de l’Europe qui émergera de cette guerre.
Quelle est aujourd’hui la vision française de l’architecture politique et de sécurité européenne à l’horizon de la fin du conflit ? Les conclusions du sommet d’Erevan vous paraissent-elles marquer une étape vers une véritable communauté stratégique européenne, capable d’associer durablement l’Union européenne, le Royaume-Uni, l’Ukraine et les autres partenaires du continent autour d’objectifs communs de sécurité ?
Comment préparons-nous l’Europe à assumer davantage sa défense, à intégrer de nouveaux partenaires sans se fragiliser institutionnellement, et à préserver son unité politique dans un contexte où les rapports de force internationaux semblent durablement s’imposer au détriment des mécanismes multilatéraux qui avaient structuré notre continent depuis plusieurs décennies ?
Autrement dit, sommes-nous simplement en train de gérer les conséquences de la guerre, ou sommes-nous en train de construire l’ordre européen qui lui succédera ?